Vous n'êtes pas identifié(e).
Pages : 1
#1 02-05-2026 00:23:25
Nouvelles...autour de la quatrelle
Vous aimez comme moi écrire des nouvelles avec un dénominateur commun cette petite 4L que nous n'avons de cesse de plébisciter, ce post est pour nous !
La mécanique, les restaurations, c'est bien ! Mais la quatrelle est aussi un vecteur de moments vécus, de moments à vivre, de moments insolites. Elle peut éveiller l'imagination, susciter la poésie, pousser à l'anecdote savoureuse.
A vos plumes ou claviers !
J'en replace deux/trois dispersées sur le forum et une dernière toute fraiche en hommage à Anne Juliette partie trop tôt. A vous la suite ![]()
ELLE EST BELLE, ELLE EST VRAIMENT BELLE
Une petite japonaise bleu foncé stoppe dix mètres plus loin.
Je suis en train de ranger le VTT dans le coffre. Une fois de plus je peste contre cette malle qui se baisse. A part s'asseoir dessus pour pique-niquer, et encore, c'est pas fait pour, on se pète le dos à vouloir charger.
La petite Nissan fait une marche arrière. En sort un soixantenaire un peu dégarni, lunettes rondes épaisses.
On est dimanche. On est quasiment que deux à côté du cinéma du village désert. Il faut dire que les nuages s'amoncellent. La pluie est toute proche.
"Elle est belle, elle est vraiment belle".
Il s'adresse à ma compagne depuis 40 ans. Il n'a pas tort finalement. A 63 ans, elle est toujours belle. Quel paradoxe ! Nos vieilles machines sont plus belles que les jeunes !
Je regarde au loin l'affiche de cinéma "chers parents"
Est-ce que Miou Miou est toujours aussi belle qu'au temps des "valseuses" ?
LES PANPANS DE GUY
Alors aujourd'hui, j'ai tourné la clé de contact...
Starter au milieu, marche arrière à gauche en haut comme l'indique le petit décalcomanie juste en dessous du rétro triangulaire. Quelques mètres en arrière, quelques mètres en avant. Je reste rêveur devant les vantaux du portail électrique qui m'ouvrent la route, l'homme est ingénieux. 9H, le soleil est déjà haut. Je découvre le ciel bleu après avoir "découvré". Et c'est parti pour une dizaine de kilomètres jusqu'au village à travers la campagne. La 4L frétille de son petit 845. Les vaches brionnaises broutent, impassibles alors que les maisons tout aussi brionnaises offrent leur couverture 4 pans au soleil. Déjà hier, je me disais que la vie était belle en longeant le canal de Digoin en vélo. La vie est belle aussi au volant de ma vieille compagne. Une traînée blanche là haut.. C'est peut-être Vals qui s'envole pour la troisième fois direction Nouvelle Calédonie. Va t'il sceller un accord entre ceux qui disent "oui" et ceux qui disent "non" ? A 15 jours de la date anniversaire du début des "exactions", ce serait une curieuse coïncidence !
Nous passons devant un panneau 90. Le compteur indique 75. Dans le même rétroviseur triangulaire, il tient juste l'avant d'une Twingo verte avec ses phares de grenouille. L'allure doit lui convenir, elle reste à distance. Auras tu un jour 62 ans comme ta vieille cousine qui te précède ? ne puis je m'empêcher de penser !
Au moment d'ouvrir la portière après avoir fait quelques achats au magasin de jouets (bricolage), un barbu sympathique
- "bonjour, elle est bien belle votre..."
Gagné ! il a dit bonjour ! Châssis blablabla maladie des 4L blablabla connaissais pas blablabla la vitre qui descend blablabla...
Sur le chemin du retour, à la place habituelle de la Dyna Z noire garée au bord de la rue, une PL17. Guy est au volant. Je tire le frein à main. Guy est un octogénaire, ancien instituteur, atteint par la maladie des Panhard.
- Je ne la connaissais pas celle là, Guy...
- Oh, elle est dans l'autre remise d'habitude. Elle passe le CT demain. Non non, elle n'est pas en carte grise de collection. J'ai peur qu'un jour on nous dise "vos guimbardes de collection, elle restent dans vos remises maintenant.."
- Donc CT tous les 2 ans ?
- Ben oui. Y'a le silencieux qui vibre, j'espère qu'ils vont pas m'emmerder !
Guy possède donc une PL 17 immaculée vert bouteille, deux Dyna Z, une noire pour tous les jours et une splendide vert clair atypique. Pourquoi atypique ? C'est une version export pour les États-Unis qui n'a jamais quitté le sol de l'hexagone. Double petits feux à l'arrière et vitres de phare convexes à l'avant. Il m'a laissé sentir le moelleux de sa banquette avant 3 places. J'ai pu toucher ce tableau de bord futuriste, admirer le bicylindre dont les soupapes utilisent un principe de barre de torsion.
Guy possède aussi une BX. C'est une BX point barre. C'est à dire le modèle de base, 4 vitesses. Et une Acadiane blanche pour aller à la déchetterie.
En roulant sur la départementale qui me ramenait dans mon pied à terre métropolitain, je repensais à Guy, marchant à petit pas et s'arrêtant devant le capot de sa Panhard.
- Je n'aime pas les voitures d'aujourd'hui, vous savez pourquoi ?
- ..?
- Regardez ma Panhard, elle sourit !
UNE ANCIENNE POUR TOUS LES JOURS
Aujourd'hui, en repartant du magasin de jouets (bricolage) je suis tombé en arrêt devant une 403 gris clair "dans son jus" sur le parking. Le temps d'en faire le tour, d'admirer la sellerie d'origine, les longues portées rectangulaires à casquette, les enjoliveurs typiques, un soixantenaire à queue de cheval poivre et sel se dirige vers la familiale.
Je n'aime pas tellement que le passant curieux ne me salue pas avant de m'apostropher sur ma 4L et qu'il s'écrie par exemple "elle a quel âge ?"
Pourtant, avant de lui dire bonjour, et béa devant cette populaire aux antipodes de l'état concours, je n'ai su que lui dire "elle est magnifique".
Un poil agacé du badaud, ce que je conçois quand on ne fait qu'ouvrir la porte de son moyen de transport, il s'est efforcé de rester courtois en me donnant quelques détails sur l'âge, la cylindrée. Mais très vite, on a su se reconnaître quand il m'a dit que c'était sa voiture de tous les jours. L'ambiance s'est rapidement détendue. Une ancienne pour "tous les jours", c'est tout à fait ma philosophie.
Qu'il pleuve, qu'il vente, que le châssis patiemment restauré se macule de boue en passant dans la flaque, que l'éclairage soit ce qu'il est en rentrant la nuit tombée, que le moteur ou la boîte, démonté et repeint avec patience suinte d'un futur cambouis, quelle importance puisque nos vieilles bagnoles roulent plus de 60 ans après leur sortie d'usine, qu'elles font la nique aux SUV bardés d'électronique et qu'elles suscitent la bienveillance de beaucoup parce que... "mon père en avait une/j'avais une 3 vitesses quand j'étais étudiant/j'en ai eu deux, j'aurais dû les garder vous savez..."
Une populaire pour tous les jours s'il vous plaît !
QUATRE AILES
Anne Juliette conduit des cars. Enfin, elle conduit un petit car scolaire. Elle fait la ligne Le Donjon/ Marcigny. La route, elle la connait par cœur. Petite route de campagne avec ses rétrécissements quand il faut se croiser sur un pont, avec ses croisements signalés par une croix noire centrée sur un panneau triangulaire que la plupart des automobilistes ignorent sereinement.
François pianote sur son téléphone depuis un quart d’heure. Il attend sa fille pour la déposer à l’arrêt du X13 pour Le Creusot.
Gérard bougonne au volant de son Opel Vectra premier modèle, un diesel de 300000km. Il peste contre le prix du carburant. La cinquième a du mal à accrocher à 60km/h dans la cote de Bourg le comte. « Tant qu’ils nous emmerdent avec leur p…..n de détroit, je bloque à 60. T’as qu’à y voir toi, faire un plein à 100 balles, bon dieu ! »
Guèpe roule bon train depuis le Bouchaud avec son utilitaire. L’œil rivé à son smartphone en suivant le GPS. Cinquante livraisons dans la journée dans des bleds avec des routes sans numéro, des lieux-dits, des villages avec les panneaux à l’envers. Il pense au week-end qui approche, la rando en moto avec Sylvie « collé serré » contre lui, les potes, sa nouvelle Ducati Panigale jaune. Toujours jaunes ses motos ! Une légende, ça s’entretient. Depuis qu’il est passé à plus de 100 devant les copains attablés au café de la gare avec sa Fantic jaune il y a plus de trente ans, Gilbert est devenu Guèpe.
François vient de voir l’heure en haut à gauche de son smartphone
- Bon sang mais qu’est-ce qu’elle fout ? Camille, c’est bientôt 9 heures, t’es pas prête ? Tu vas rater ton car. Fais vite !
Affolé, il rejoint la 4L dans le garage. La sexagénaire démarre plutôt vite, starter à fond après quelques allé/retours des pistons. Marche arrière, frein à main, starter à mi-course, faut qu’elle chauffe doucement quand même.
Il attrape la valise de Camille, va pour ouvrir la porte arrière…
- B….el, ça rentre pas. C’est quoi cette valise ? Tu pars pas à New York ?
Il ouvre la porte avant, coupe le contact, fait jouer la clé dans le barillet de la malle, baisse la vitre, baisse le pare choc, baisse la malle (c’est une Super !), fourre la monstrueuse valise dans le (petit) coffre, remonte la malle, remonte la vitre, remonte le pare choc, fait jouer la clé dans l’autre sens, re ouvre la porte avant qui ne tient pas ouverte (on est dans une 4L), s’assied dans un couinement de ressort de la banquette, ouvre la porte à Camille qui n’arrive pas à pousser le bouton de la poignée, remet la clé dans le contact, « m….e c’est pas la bonne », démarre, tire le levier de vitesse à gauche vers lui. La 4L saute en avant en faisant crisser les roues sur le gravier.
Tout en dosant la course du starter, François passe la troisième en un temps record et l’équipage rejoint la départementale.
Le car scolaire vient de rattraper l’Opel à l’entrée de Bourg le Comte. Les deux véhicules traversent le village à petite vitesse.
Guèpe a passé le panneau lumineux « vous roulez à… » cent mètres avant le village à plus de 100. Bonhomme rouge colère sur le panneau lumineux. Il pile à l’arrière du car.
François s'énerve
- Papillote, jamais on l’aura ton car ! C’est une 4L, pas une RS2 !
Camille stoïque ne dit rien. Elle ne montre pas son angoisse de rouler vite à bord de ce tas de ferraille dont elle n’a jamais vraiment compris l’attachement que pouvait en éprouver son père. Elle vérifie discrètement la fermeture de la ceinture, concession que son père a bien voulu accorder pour rassurer les passagers, rabâchant à qui veut bien l’entendre qu’en 63, il n’y avait pas de ceinture !
Parce que la quatre ailes vole. Elle a cédé le passage à un Jumpy pressé et a rattrapé le convoi à la sortie du village.
- Qu’est ce qui se passe ! hurle François. Il y a jamais personne ici ! Je sais pas comment tu auras ton car !
Gérard, toujours coincé à 60 bougonne encore mais il s’en fout, le car n’a qu’à doubler.
Anne Juliette, on l’a dit, connait la route par cœur. Deux fois par jour depuis 15 ans. Elle sait qu’après le rétrécissement du pont, il y a une grande ligne droite. Mais Anne Juliette a une vingtaine de bambins dans son car. Tant pis, elle va prendre son mal en patience derrière la Vectra poussive.
Le smartphone de Guèpe vient de sonner. Concentré sur son appel, il ne tente pas le dépassement d’autant qu’il y a deux rigolos à l’arrière du car qui lui font des grimaces. Il se marre, ça lui rappelle le temps des départs en colo.
Il faut un quart de seconde, peut-être une demie seconde pour que le cerveau de François analyse la situation : Une fourgonnette, un car, une autre voiture devant, pas d’espace pour se rabattre entre eux, légère descente, élan, couple du 845 cm3 au top, personne en face…Risque faible si la fourgonnette ne déboite pas d’un coup…
Il met le clignotant…
Anne Juliette racontera à son mari le soir en rentrant.
- Une 4L, tu te rends compte, à plus de 100 à l’heure, c’était surréaliste !
- Deux ailes de plus qu’un avion ma chérie, rien d’étonnant !
- ….. ?
Camille a eu son car…
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
02-05-2026 00:23:25
- Publicité
#2 02-05-2026 11:55:32
- Gyorgy92
- Membre

- Lieu : Le Pays Samarien (80)
- Inscription : 18-07-2020
- Messages : 5 540
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Merci Louis pour ces récits si agréables à lire ![]()
Ici, les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère...
- Audi A3 2.0 TDI 16S cab, BA S-tronic 6, palettes au volant, 2012, 225.000 km
- Renault R4 GTL Clan, jantes Fergat, TO, bleu ozone métal 468, 1989, 89.500 km, CGC, rem. Lama de 1970,
- Volvo 945, 2.4 TDI, 6cyl, 1995, 335.000 km, CGC
Hors ligne
#4 04-05-2026 09:28:44
- JEFF83
- Membre

- Lieu : BARNAS ARDECHE
- Inscription : 17-06-2022
- Messages : 809
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Bonjour et merci pour la lecture .
J'adore les Panhard " histoire de Famille " .
Passionné d ' anciennes .
SIMCA P.60 Etoile Six super de 1962 depuis 30 ans
moto PEUGEOT 176 TC4 de 1957 depuis 1970 .
Renault 4TL de 1974 .
Hors ligne
#5 04-05-2026 10:17:18
- Gyorgy92
- Membre

- Lieu : Le Pays Samarien (80)
- Inscription : 18-07-2020
- Messages : 5 540
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Moi aussi, j'ai eu une 24BT et j'ai eu les larmes aux yeux quand je l'ai vendue.
Ici, les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère...
- Audi A3 2.0 TDI 16S cab, BA S-tronic 6, palettes au volant, 2012, 225.000 km
- Renault R4 GTL Clan, jantes Fergat, TO, bleu ozone métal 468, 1989, 89.500 km, CGC, rem. Lama de 1970,
- Volvo 945, 2.4 TDI, 6cyl, 1995, 335.000 km, CGC
Hors ligne
#6 04-05-2026 10:23:35
- Gyorgy92
- Membre

- Lieu : Le Pays Samarien (80)
- Inscription : 18-07-2020
- Messages : 5 540
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Ici, les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère...
- Audi A3 2.0 TDI 16S cab, BA S-tronic 6, palettes au volant, 2012, 225.000 km
- Renault R4 GTL Clan, jantes Fergat, TO, bleu ozone métal 468, 1989, 89.500 km, CGC, rem. Lama de 1970,
- Volvo 945, 2.4 TDI, 6cyl, 1995, 335.000 km, CGC
Hors ligne
#7 04-05-2026 18:53:23
- Riton71
- Membre

- Lieu : Saône et Loire (71)
- Inscription : 25-04-2016
- Messages : 4 608
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Très bon signe de ta part, mon Louis : Tu réunis tes brèves ! Et c'est un bonheur de les lire.
On en redemande !
Hors ligne
#8 05-05-2026 09:17:04
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Gyorgy, ta panpan était splendide. Le rouge de la sellerie combiné avec le gris de la carrosserie, charme des voitures haut de gamme qui faisaient rêver en étant gosse.
Merci Riton. C'est ouvert à tous. Le dessinateur aurait bien quelques p'tites nouvelles à partager ? ![]()
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
#9 07-05-2026 07:04:42
- Riton71
- Membre

- Lieu : Saône et Loire (71)
- Inscription : 25-04-2016
- Messages : 4 608
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Mon cher Louis, pour le moment, le dessinateur est en sommeil... ![]()
Enfin, pas totalement ; du travail en entreprise de logistique (bref, manutentionnaire...
) qui monopolise mon temps de création et mon énergie.
Néanmoins, tes savoureux récits entretiennent mon envie de les illustrer et je vais mettre à profit les jours de relâche que nous offre ce mois de mai pour entamer des ébauches...
Belle journée à Toi et à Tous tes lecteurs !
Hors ligne
#10 07-05-2026 07:08:25
- Riton71
- Membre

- Lieu : Saône et Loire (71)
- Inscription : 25-04-2016
- Messages : 4 608
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
J'ai écrit "entamer des ébauches"... ![]()
Joli pléonasme !...
Hors ligne
#11 13-05-2026 22:22:12
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Très honoré, Riton. Tu es bien courageux de manutentionner. Une fois de plus l'art pourtant essentiel à l'homme ne le nourrit pas (toujours). Imaginer qu'une BD sur les aventures en 4L puisse prendre place un jour sur ma cheminée m'enchante. Je suis sûr que notre catalan ou notre bon Gyorgy et d'autres encore auraient aussi des histoires à raconter dans cette BD.
Rouler en 4L est quoi qu'il en soit déjà une part d'aventure dont voici la dernière !
LAPIN CRETIN
- Tu ne m'accompagnes pas ?
- Non, tu sais, moi, le rock...
- Ok, à toute..
« POISSON ALTAZYC Concert rock soul » vantait l'affiche scotchée à la boulangerie de Marcigny.
Un peu dubitatif, je me demandais ce que "Poisson" venait faire sur cette affiche ? Il y avait la queue pour se faire servir, habituel en ce jour de marché. Tout en avançant pas à pas jusqu’au comptoir pour commander un traditionnel pain aux raisins, je réfléchissais à ce concert qui me tentait bien. Gmaps me confirma ce dont je me doutais. Poisson est bien le nom d’un village ! Pour une fois que, dans cette région le nom ne se termine pas en Y ! Mais quand même, je m’interrogeais sur les circonstances toponymiques qui auraient attribuées un nom de vertébré aquatique à un village de pleine campagne.
« Poisson » donc, tapé sur le bonhomme sourire de waze, je fixe mon smartphone sur le support bidouillé au tableau de bord de la Super. Re starter tiré à fond, voyant vert, quart de tour de clé dans le neiman, « rererere », le vaillant moteur s’ébroue.
Petit moment d’incertitude, toujours un petit moment d’incertitude : la mécanique va-t-elle se mettre en route ?
Le petit moment d’incertitude se décompose un peu toujours de la même manière pendant que le pouce et l'index tournent la clé : un quart de seconde pour se dire que « pas de soucis, la batterie est bien chargée », un autre quart de seconde pour imaginer le cheminement de l’essence poussé en à coup par la pompe mécanique jusqu’au carburateur, une demi seconde pour se dire que « ha oui, elle n’a pas tourné depuis trois jours, normal qu’il y ait un peu plus de rerere » et une décharge de dopamine lorsque l’alchimie fonctionne avec l’étincelle des bougies et qu’enfin le moteur s’ébroue.
Le pommeau de vitesse à gauche au fond, starter à moitié, et la soixante-trois-tenaire s’extrait de son garage. Ah mince, le rétro de gauche est encore penché vers le bas ! Le chat a encore dû mettre tout son poids dessus pour sauter à terre du pavillon !
L’avantage d’avoir trois vitesses est qu’on se sent (presque) au volant d’une automatique. Reprise à trente à l’heure en troisième en franchissant un « cédez le passage » dégagé ou au sortir d’un large rond-point. Alors que je réfléchis sur l’intérêt d’une cinq vitesses, nous rattrapons tranquillement une cigogne qui surplombe majestueusement la Loire avec ses lents battements d’aile. On m’a assuré qu’elles deviennent sédentaires avec le réchauffement climatique alors que je croyais qu’elles n’étaient exclusivement qu’une des grandes attractions alsaciennes.
« Poisson », parking, frein à main, buvette, demi, concert, rencontre avec Benoit plaquiste et sa chipie de fille qui vient lui réclamer régulièrement des pièces pour un coca ou une frite, tournée de demis, un bon rock sur scène, fraicheur nocturne du début des « saints de glace », deuxième tournée de demis, merde ça fait déjà trois ! Insidieusement la nuit s’est installée. Fin du concert, à la revoyure Benoit, parking.
Les chemins de campagne ont ça de bon, ils sont pratiquement déserts surtout la nuit. Y rencontrer un berlingo de la gendarmerie serait une surprise exceptionnelle.
Troisième, cinquante à l’heure pépère, manivelle du chauffage remontée vers le haut, j’ai bien fait de prendre le blouson. Quelle bonne idée d’avoir, au cours de la restauration, troqué l’ensemble 6V et les faibles ampoules jaunes par un circuit lumineux en 12V et de bonnes ampoules H4. Est-ce une spécificité de cette 4L, le commutateur code/phare a une position intermédiaire pour que les deux fonctionnent en même temps. Pas beaucoup d’intérêt en soi.
Stop. Traversée prudente de la départementale pour en rejoindre une autre sur laquelle j’ai le pied un peu plus lourd sur l’accélérateur.
Soudain à cent mètre un lapin sort du fourré. Aveuglé par les phares, il s’en retourne dans son fourré. J’aurai largement eu le temps de freiner de toute façon m’explique mon cerveau embrumé.
« yossi » (expression calédonienne d’intense surprise). Ce crétin ressort aussitôt du fourré pour traverser !
La distance s’est rétrécie, réflexe ultime j’écrase la pédale de frein, embardée, l'arrière veut passer devant, contre braquage. Emportée par son élan, la 4L retrouve in extrémis sa trajectoire.
- P…..n, le c.n !!
Sueur glacée, très remonté contre cet abruti et ces tambours mal réglés, je médite encore sur l’évènement quelques kilomètres plus loin. Qui du lapin ou de l’homme est le crétin ?
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
#12 14-05-2026 11:46:12
- Riton71
- Membre

- Lieu : Saône et Loire (71)
- Inscription : 25-04-2016
- Messages : 4 608
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Te lire, c'est comme revivre les aventures traversées. Mais en mieux détaillé et avec un phrasé inimitable !
Expériences partagées avec Toi : la petite angoisse du matin pour démarrer la Twingo qui doit m'emmener au boulot... Et aussi, après un changement des pistons de freins AR, une belle tendance de Titine à bloquer de l'ariière train... Sur ce point, le problème ne me dérangeait pas plus que ça, ayant pratiqué en rallye et préférant une traction qui survire plutôt qu'à sournoisement tirer tout droit... ![]()
Aujourd'hui, le problème est réglé. Mais j'avoue que la "sensation" de placer l'arrière de Titine sur les entrées de courbes ma manque un peu... Maso, le Riton ? Non. Joueur... ![]()
Le mois de juin à venir va me laisser un peu de temps libre. A mettre à profit pour entamer quelques essais de dessins illustrant tes récits...
Hors ligne
#13 03-07-2026 15:45:33
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
VADEV
Rererere.. ? Rererere... Toujours rien
Gasp, aurais-tu un problème d'alimentation ma vieille compagne ?
Sur le dossier 4L, je retrouve l'achat de la pompe essence. Une vadev de chez "véhicules anciens" il y a 5 ans. Environ 6000km depuis. Pas une utilisation intensive mais peut-être que le voyage de plusieurs mois en container depuis la NC n'a pas été favorable.
Bref je commande une nouvelle chez le même fournisseur avec amorçage manuel. Un petit plus si je repars qqs mois pour justement réamorcer.
Je sais pas vous mais après une vie de mécanique bien remplie, je ne cours plus après la clé de 12. Et c'est bien de clé de 12 qu'il s'agit puisque impossible de glisser la clé à tube pour serrer les 2 écrous de cette nouvelle pompe. Même la plus fine de mes 4 clés à tube ne parvient pas à s'immiscer entre l'écrou et le levier d'amorçage trop proche du filetage des goujons. Je tente la clé plate, la clé à œil, rien n'y fait. Trop grande, trop épaisse, trop et puis "m.....e, fait c.....r".
C'est un peu la canicule. Ou est le portable ?
- Allo Martin de véhicules anciens ? Votre pompe à amorçage, là....problème....clé à pipe...pas d'espace...grrr
- Ah mais mon bon monsieur, pas la bonne clé, j'en ai déjà monté plusieurs...
- .....
Je me suis nrv, canicule... peut pas rouler avec ma 4L...
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
#14 03-07-2026 17:36:33
- PASC4L
- Membre

- Lieu : Lyon (Rhône).
- Inscription : 15-01-2007
- Messages : 3 907
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
De 13, la clé, mon bon Louis !
- Dallas sur base 4L (1982)
- F4 (1981)
- Mercedes 280 CE (1980)
Hors ligne
#15 04-07-2026 13:28:39
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
De 13, la clé, mon bon Louis !
Ben non Pascal, figure toi que j'ai trouvé des écrous de 12 pour optimiser le passage de la clé à pipe...
Et d'ailleurs il manque la moitié de l'histoire
....peux pas rouler avec ma 4L...J'ai envoyé ballader Martin au fin fond des docks de véhicules anciens...par téléphone seulement.
Et comme la nuit porte conseil, le lendemain j'ai ré appuyé sur ce très mal foutu bouton sous le levier de vitesse pour faire bailler le capot vers l'avant. Je me suis armé d'une clé de 12 plate naine trouvée dans la caisse à vieux outils. J'ai respiré un grand coup et me suis penché au cœur du problème. Mm par mm, l'écrou de gauche hyper mal placé a fini par prendre quelques tours pour un serrage à la louche.
Rere vroum vroum. La dopamine mijotée en serrant l'écrou avec le plaisir futur d'une balade, décapoté sur les routes de campagne se déverse dans mon esprit satisfait.
Et comme ça fait plaisir de partager une bonne nouvelle, j'ai envoyé un petit message sympathique à Martin pour apaiser nos deux consciences.
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
#16 04-07-2026 15:28:29
- Gyorgy92
- Membre

- Lieu : Le Pays Samarien (80)
- Inscription : 18-07-2020
- Messages : 5 540
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Bravo mon bon Louis ![]()
Ici, les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère...
- Audi A3 2.0 TDI 16S cab, BA S-tronic 6, palettes au volant, 2012, 225.000 km
- Renault R4 GTL Clan, jantes Fergat, TO, bleu ozone métal 468, 1989, 89.500 km, CGC, rem. Lama de 1970,
- Volvo 945, 2.4 TDI, 6cyl, 1995, 335.000 km, CGC
Hors ligne
#17 07-07-2026 21:26:39
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
Merci Gyorgy. Et pour laisser place à l'imagination encore....
CARCASSE
Les parents d'Henri sont fiers de lui. Sa mère surtout. Elle lui a préparé son repas préféré dont elle a le secret. Une tourte à la saucisse, champignons et moutarde à la crème et au madère. Son père cache sa joie comme on dit. Il aurait préféré qu'Henri reprenne la ferme. Le travail est dur dans cette région d'Auvergne ou le climat peut être rude en hiver.
Henri a reçu une lettre de la poste livrée par Eugène, le vieux facteur qui a spécialement terminé sa tournée en vélo chez les Rabots pour avoir le plaisir de savourer une bonne nouvelle si tant est qu'elle le soit. Et elle l'est. Toute la famille réunie et Eugène bien sûr ont scruté le regard d'Henri après qu'il ait déchiré la lettre de ses doigts tremblants.
Henri a été reçu au concours des PTT. Il sera postier comme Eugène qui s'empresse de serrer dans ses bras le jeune nouveau collègue avant de trinquer au p'tit blanc frais juste sorti de la cave pour l'occasion.
Mais l'ère de la reine de la route est révolu. Eugène n'a jamais eu son permis. Ce qui n'est pas le cas d'Henri qui a profité de son service militaire pour obtenir le précieux carton rose. Moustache fine, cheveux courts bruns, des yeux noisettes, ne manque plus que la casquette du livreur de courrier pour l'installer au volant d'une rutilante R4 fourgonnette aux couleurs de la poste avant de sillonner les petites routes de campagne.
On est en 1963.
Ce sera sa première voiture. Une R2105 avec le numéro de série gravé sur le losange de la marque 9422701. Issue de la presqu'île de Billancourt, cette rutilante petite Renault a encore une boîte 3 vitesses, pas de girafon et les organes électriques fonctionnent en 6Volts. Peu importe, les 4L de la poste ne roulent pas la nuit, en principe.
Des anecdotes, il en aura à raconter à ses enfants, puis ses petits enfants lorsqu'il prendra sa retraite. Les troupeaux de vaches à suivre pendant des kilomètres avant qu'elles bifurquent à la ferme, le face à face avec un cerf au petit matin, majestueux avec ses bois gigantesques et d'autres qu'il gardera pour lui, la Jeanette qui l'emmènait dans la grange ou le père Victor qui viendra tirer la fourgonnette du fossé après le coup de blanc de trop.
Un jour on lui mit une autre 4L dans les mains. Il finira sa carrière avec un Kangoo.
Mais revenons à cette R 2105. Après de "bons et loyaux services" elle sera peut-être rétrocédee à une autre administration, sans doute EDF GDF. Ce qui lui vaudra cette nouvelle teinte gris/bleu et ces inscriptions en bas de l'aile avant droite peintes à la va-vite. PV, PTC...
Elle sera peut-être tout simplement rachetée aux domaines pour finir sa vie aux travaux d'une ferme. La boucle est bouclée. Elle aura aidé à la place d'Henri.
En juillet 2026, un randonneur la prend en photo, surpris de trouver encore aujourd'hui une carcasse à la lisière d'un bois, croyant apercevoir une Kangoo de loin.
C'est bien l'ancienne R4 fourgonnette de la poste d'Henri qui gît là, dans un état encore acceptable au niveau rouille malgré le pavillon défoncé. On pourrait presque récupérer la traverse avant devenue rare, le tableau de bord dont les chiffres se sont effacés avec le temps.
Souhaitons qu'elle traverse encore de nombreuses années avec toute son histoire de plus de 63 ans...
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
#18 10-07-2026 08:57:34
- Savane45
- Membre

- Lieu : Orléans
- Inscription : 25-12-2017
- Messages : 758
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
La R2105 de 1966 ex La Poste a été ma première voiture. Achetée par le paternel aux Domaines comme seconde voiture pour que mes frères se rendant à la FAC (à l'époque il n'y avait pas de ligne de bus spécifique à Orléans) . du temps de sa splendeur, plus d'une fois des postiers ont voulu nous confier des sacs de courrier car ils n'avaient pas le temps de retourner au centre. Allant chercher une copine et l'attendant en bas de chez elle, une mamie m'a demandé si j'avais fait la relève de la boite. La même voiture, petit compteur, 6V boite 3, au départ un seul siège, séparation métallique derrière les sièges ; j'ai fait mes 1ere armes de conduite sur cette voiture. beaucoup de souvenirs. et cerise sur le gâteau je l'ai toujours!
Certains bricolent, d'autres font de la mécanique; c'est totalement différent!
La mécanique, c'est souvent ceux qui en parle le moins qui en font le plus!
In the kingdom of the blind the one eyed man is king.
Hors ligne
#19 12-07-2026 17:15:32
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
La R2105 de 1966 ex La Poste a été ma première voiture. Achetée par le paternel aux Domaines comme seconde voiture pour que mes frères se rendant à la FAC (à l'époque il n'y avait pas de ligne de bus spécifique à Orléans) . du temps de sa splendeur, plus d'une fois des postiers ont voulu nous confier des sacs de courrier car ils n'avaient pas le temps de retourner au centre. Allant chercher une copine et l'attendant en bas de chez elle, une mamie m'a demandé si j'avais fait la relève de la boite. La même voiture, petit compteur, 6V boite 3, au départ un seul siège, séparation métallique derrière les sièges ; j'ai fait mes 1ere armes de conduite sur cette voiture. beaucoup de souvenirs. et cerise sur le gâteau je l'ai toujours!
Beaux souvenirs et la tienne a eu plus de chance que celle d'Henri ![]()
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
#20 Aujourd'hui 11:29:44
Re : Nouvelles...autour de la quatrelle
ROAD TRIP
Ça lui trotte dans la tête depuis un moment.
Anna se sert de sa "4L" de temps en temps. Pour aller au marché le lundi faire ses commissions. Les œufs de la ferme d'Henriette, une douzaine chaque fois puis ceux de cette jeune femme dont elle ne souvient pas le prénom depuis qu'Henriette est partie à l'Ehpad des œillets, à Roanne.
Des légumes de saison bien sûr qu'elle prend tantôt aux garçons de cette association solidaire ou au producteur de la région quand elle n'a pas d'autres choix. C'est sûr qu'ils sont plus beaux mais bien moins goûteux.
Elle s'en sert aussi pour aller voir ses anciennes copines qui se font de plus en plus rares. Des copines qu'elle a connu "aux restos du cœur" du temps où elle était bénévole. Une belle bande avec qui elle se retrouvait pour aller randonner ou faire des ateliers de peinture ou d'écriture.
Anna à emménagé dans ce petit village de Saône et Loire il y a 15 ans environ après avoir pris sa retraite. A la fin de sa tumultueuse carrière, elle avait tenu une résidence étudiante à Lyon, mais c'était une autre époque.
Son mari avait acheté cette 4L d'occasion dans les années 80. Un gris qu'elle trouvait un peu triste. Elle avait tenté de le dissuader, une voiture de vingt ans, ça ne la rassurait pas mais son mari avait prétexté une bonne affaire avec peu de kilomètres. Il ne se déplaçaient pas beaucoup autour de Lyon même s'ils avaient fini par se procurer une Renault 19 plus récente dans les années 2000, la petite 4L était restée au fond du garage avec malgré tout, un entretien régulier. Son mari s'y était attaché. Lorsqu'il est parti d'un AVC foudroyant en 2011, Anna a décidé de garder la 4L en souvenir des moments passés ensemble, elle et Charles son mari.
Deux des étudiants de la résidence étudiante ayant passés beaucoup de temps à préparer leur 4L pour le Trophy lui avaient proposé de la remettre en état pour quelques billets. Révision du châssis, freins, vidange de tous les liquides. La carrosserie, protégée par des années de garage restait dans son jus.
Septembre arrive, Anna tourne en rond dans sa petite maison. Les canicules ont enfin cessé. Le garage Renault, lors du dernier contrôle technique, lui a garanti que sa 4L lui survivrait !
Elle a déplié la carte de France sur la table du salon.
En quelques étapes, elle pourrait rejoindre la Vendée, la mer, l'océan. Se baigner dans les rouleaux de ces plages immenses, dérouler sa rabane et se laisser chatouiller par les rayons du soleil, Anna l'imagine depuis quelques mois.
La 4L tiendra, tiendra pas ?
Un parfum d'aventures bien sûr. Il y a un moment ou la raison cède la place à la déraison parce qu'il le faut, parce que la vie serait bien triste sans.
Elle pianote sur son vieux portable, fait quelques réservations de gîtes.
C'est décidé, elle partira après demain avec la 4L.
Véro est venue récupérer Tigrou le chat hier. Il ne s'est curieusement pas fait prier.
- Il a senti ton départ, on dirait ! Rassuré que tu ne l'emmènes pas !
- Il n'a jamais été très farouche tu sais. Il a flairé la nouvelle maîtresse attentionnée, plutôt !
- Toujours décidée alors ?
- Plus que jamais !
- .....
- Quoi ?
- Non, rien ! Mon amie part faire son road trip dans une guimbarde de plus de soixante ans, rien de plus naturel !
- Elle a quinze ans de moins que moi quand même !
- Quand même, bien sûr ! Il y a des ceintures au moins ?
- Véro, quand on avait vingt ans, c'était pas indispensable les ceintures !
- Ok de toute façon, je ne te ferai pas changer d'avis.
Les deux amies se mettent à rire en se serrant dans les bras.
- Envoie moi une lettre par la poste, comme quand on avait vingt ans !
- Ok dac !
Starter, rerere... Le billancourt s'ébroue comme à son habitude. La 4L d'Anna est une R1123 de 1964, cinq chevaux fiscaux. Un modèle un peu luxueux pour l'époque avec une banquette avant, une "petite" calandre, des pare-chocs plats. Trois vitesses, grand volant en bakélite noir. Le mari d'Anna avait demandé au garage lors de l'achat en 1983 de la passer de 6 en 12 volts pour une question pratique.
La première étape sera la plus courte. Une étape test en quelques sortes. Anna a réservé un gîte à Montluçon. Elle y passera deux nuits.
Elle ferme le portail à clé. Ce n'est pas souvent qu'elle laisse la maison seule.
"Ça fait plus de cent ans qu'elle n'a pas bougé" se dit elle en passant la première.
Soudain, lorsque la première ligne droite se présente, Anna est submergée par une forte émotion. Une larme s'immisce sous sa paupière, hésite puis finit par couler doucement sous son œil. Une situation, une odeur, un son, un mélange de sensations qui surgissent ensemble pour décoincer des tiroirs longtemps fermés entre les synapses de son cerveau.
Retour en 1983. Charles est comme un enfant au volant de sa nouvelle ancienne 4L. Un vieux monsieur avec son béret voulait s'en séparer.
- Vous comprenez, je n'ose plus sortir à Lyon. Ça va trop vite pour moi ! Regardez, elle est comme neuve, toujours entretenue. Il y le manuel dans le vide poche. J'ai noté toutes les réparations. Oh, il n'y en a pas eu beaucoup. Une aile à droite...
Ils sont partis avec voir la mer en juillet pour les congés, pas l'océan mais la méditerranée. Ils ont décidé sur un coup de tête de partir à Banyuls. Charles parle sans arrêt malgré le bruit assourdissant du moteur.
- Tu te rends compte, on était parti en Espagne à quatre dans la R4 neuve de papa. C'était presque la même, bleu foncé, une galerie sur le toit pour les valises. J'avais douze ans peut-être. Ma sœur n'arrêtait pas de me solliciter pour jouer. Le voyage était tellement long. Je me souviens que la banquette arrière n'était pas confortable. Ma mère nous avait installé des couvertures matelassées pour qu'on ait moins mal aux fesses !
- Vous aviez mis combien de temps pour arriver là-bas ?
- Deux jours. On avait dormi à la frontière dans la voiture. J'avais peur des douaniers, de leur moustache et de leur casquette...
Anna essuie sa larme. Peut-être que ce voyage finalement, elle le fait pour lui, une manière de lui dire là, ou qu'il soit, qu'elle ne l'oublie pas. Ils n'ont pas eu d'enfants. Que deviendra la 4L ?
La route pour Montluçon est une succession de départementales que la 4L avale vaillamment. La montée qui suit Le Donjon se fait péniblement à 70 km/h. Les autres voitures la double. Les occupants lui font des signes amicaux en klaxonnant. Un passager lui fait le signe de pédaler. Même certains motards la croisent en levant le pouce.
A saint Pourçain sur Sioule, Anna se demande où est-ce qu'on peut trouver des noms pareils pour des villages. Elle imagine l'employée de la poste à l'époque demandant "Pourçain avec deux S ?"
Ils s'étaient amusés de l'immatriculation de leur 4L. CA 69 comme Charles et Anna. C'était prédestiné.
A Banyuls, ils avaient loué un petit appartement près de la gare avec un balcon juste suffisant pour y mettre deux chaises et une petite table. Ils avaient grimpé jusqu'à la tour Madeloc, s'étaient amusés des nus du sculpteur Maillol.
Ils avaient un peu plus de trente ans à l'époque. A collioure, ils s'étaient baignés à la plage saint Vincent après avoir dépassé les barques des pêcheurs et le clocher mythique. Anna se souvient de l'artiste qui avait insisté pour faire leur portrait vers le port. Portrait qu'elle a toujours dans sa chambre, elle et son Charles.
Il est environ 17h lorsque la 4L franchit le panneau de Montluçon. Après avoir récupéré les clés de son gîte au bord du Cher, Anna va flâne au jardin Wilson pour goûter de la fraîcheur du soir autour de la fontaine.
Le lendemain elle se rend au "Mupop", musée des chansons populaires. Elle peut, au milieu des guitares, réécouter des vieux titres extraits des groupes pop des années 80 avec un casque prêté à l'accueil. Led Zep, Deep purple, Pink Floyd, des artistes français, Higelin, lavilliers...
Elle prend son temps. Elle tombe sur un extrait de "A horse with no name" d'America. Elle s'assoit, ferme les yeux et remonte de nouveau plus de quarante ans en arrière. Argelès, la grande plage, le couché de soleil, Charles et elle, enlacés sur le sable, le magnétophone à cassette et cette chanson, leur chanson.
Le lendemain, vers huit heures, Anna enclenche le démarreur. La 4L, fidèle, sort de la petite ville.
Ce soir elle s'arrêtera aux alentours de Confolens pour rejoindre l'île D'Oléron le lendemain.
La petite Renault avale vaillamment les kilomètres. Anna ne regrette pas son "délire". La 4L est toujours bien adaptée aux nationales d'aujourd'hui. Elle doit anticiper les virages serrés pour ne pas trop faire pencher la caisse, pousser la seconde au maximum dans les faux plats pour que la troisième accroche, ne pas laisser trop de marge au compteur pour ne pas se faire prendre au radars.
Un jour ou elles partaient au marché, Véro lui avait demandé
- Mais tu sais au moins à combien tu roules ?
- Ben oui, il y a un compteur de vitesse !
- Mets-toi à 60 !
- On y est !
- Ben non ma belle, le GPS dit 52 !
Anna avait éclaté de rire.
- Au moins je ne risque pas de me faire prendre pour excès de vitesse !
A cinquante kilomètres du gîte de Confolens, la 4L a son premier raté. Anna n'est pas inquiète, elle la connaît bien depuis le temps. Mentalement elle réfléchit. Bougies et fils de bougie récents. Ça ne peut pas être ça. L'allumeur n'est pas tout neuf mais elle a fait installer un module électronique pour éviter l'usure des vis platinés.
De la seconde à la troisième, un petit temps de retard avant de bien prendre ses tours. Peut-être le tout petit orifice près du papillon des gaz à nouveau obstrué se dit-elle. Elle regardera ce soir au gîte, elle a pris une boîte outil par précaution.
Elle s'arrête à la station, refait le plein. Elle pourrait rouler quatre cents kilomètres environ mais la jauge est en bas depuis un moment. Il vaut mieux anticiper.
En rentrant de la mer avec Charles, ils s'étaient faits avoir. Panne sèche en pleine campagne sur la N7. Ils avaient poussé la 4L sur un petit chemin. Un paysan les avait embarqués sur son Massey Ferguson.
- Bah bon dieu, pas toute neuve vot' 4L ! Des bonnes bagnoles ça. J'en ai récupéré une. Elle doit être de 75, grande caisse derrière. Bien pratique par chez nous. Vous allez jusqu'où comme ça ?
- On remonte à Lyon, on est allé voir la mer lui dit Anna
- Ah ben nous, on n'a pas le temps d'aller voir la mer. C'est qu'avec les bêtes, on est bien occupé !
Anna se souvient de ce moment, assise sur les genoux de son amant, la sérénité de la campagne
Après un solide repas arrosé de rouge, le couple d'agriculteurs leur avait proposé la grange pour y passer la nuit.
Plage de vert de bois, Île d'Oléron, quatre jours après son départ, Anna fume une cigarette, une du dernier paquet de Camel de Charles. Elle est assise, face à la mer. En arrivant tout à l'heure après avoir franchi les presque trois kilomètres du pont qui sépare l'île du continent, elle s'est d'abord arrêtée à la librairie de "Le château d'Oléron" pour choisir une carte postale.
Elle s'est garé juste à côté d'une JP4 noire.
"Bien arrivée, heureuse" trois mots jetés au verso adressés à Vero.
Puis elle s'est dirigée vers la côte ouest, a stoppé sa 4L à la lisière de la forêt de pins à deux cents mètres de la plage.
Elle contemple l'horizon, sur sa rabane et respire l'air iodé en écoutant le fracas des rouleaux. Fin du voyage. La 4L se repose sous les pins. Le sable est juste chaud sous ses pieds nus.
Anna est bien.
R4 Super 63
YAMAHA TT600 91
Hors ligne
Pages : 1
[ Générées en 0.022 secondes, 10 requêtes exécutées - Utilisation de la mémoire : 989.48 Kio (pic d'utilisation : 1.16 Mio) ]





